Réseau Chrétien - Immigrés

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12 avril 2021 : un échange décapant sur une situation humaine bien mal prise en compte par l'autorité publique
-> enregistrement : https://www.youtube.com/watch?v=5LphqR1tORk

COMPTE-RENDU DE LA RENCONTRE AVEC PASCAL BRICE

Lundi 12 avril 2021

Avec sa quatrième édition dématérialisée, la soirée Grand témoin du Réseau Chrétien Immigrés a réuni près de 60 personnes pour échanger avec Pascal Brice, directeur général de l’Ofpra de décembre 2012 à décembre 2018, président élu de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) depuis le 17 septembre 2020.

Jean-Jacques Lambert, président du RCI, rappelle les deux activités du Réseau, qui se nourrissent mutuellement : d’une part, une présence et un travail sur le terrain à travers les cours de FLE [Français langue étrangère], la permanence juridique avec la Cimade et les Dîners du goût de l’autre, d’autre part, une réflexion et sensibilisation aux questions liées aux migrations. C’est dans ce cadre que le RCI est heureux d’accueillir Pascal Brice.

L’expérience passée et présente de Pascal Brice

En quittant l’Ofpra Pascal Brice pensait laisser professionnellement derrière lui les problèmes liés au traitement de la situation des étrangers, il n’en est rien. C’est même le contraire. Si tout fonctionnait normalement, les structures adhérentes de la FAS ne devraient s’occuper que du droit commun des personnes en précarité et à la rue.  En tant que président de la FAS, qui regroupe plus de 800 associations, il rencontre au cours de toutes ses visites - que ce soit dans des accueils de jour, des centres d’hébergement ou auprès des équipes de rue - des personnes de nationalité étrangère dans une impasse, livrées à elles-mêmes. Cet état de fait est préoccupant ;  non seulement il porte atteinte à la dignité d’hommes, de femmes et d’enfants, mais il nous met tous dans ces impasses.

La société française est actuellement fragile, la question des étrangers n’y est pas prise en compte, or l’on sait à quoi cela peut mener. Pascal Brice aurait aimé constater que son combat à la tête de l’Ofpra était fini, mais de nombreuses structures de la FAS font de l’accueil des étrangers car il n’y a pas d’autres places prévues pour eux. Il précise que son point de vue est désormais celui d’un dirigeant associatif, non plus celui du responsable de l’administration chargée des demandes d’asile.

L’accès au séjour est de plus en plus bloqué, il conduit à des impasses juridiques et humaines, alors qu’il n’y a pas d’arrivées massives, leur nombre a même baissé en 2020. Durant le premier confinement, l’accès à la demande d’asile, qui est un droit de nature constitutionnelle, comme l’a rappelé le Conseil d’État il y a peu, a été suspendu.

Ce blocage, déjà dénoncé quand il dirigeait l’Ofpra, ne fait que s’aggraver. Les règles de Dublin qui prévoient l’accès à la demande d’asile dans un délai raisonnable ne sont pas respectées. C’est un labyrinthe dans lequel sont embarqués les demandeurs, les bénévoles les accompagnant et les fonctionnaires des préfectures qui gèrent la constitution de dossiers dont ils savent que seulement 10 % ne seront pas rejetés.

La présidente de la Commission européenne a fait ce même constat sur la nécessaire réforme du règlement de Dublin [examen de la demande de réfugié dans le premier pays d’arrivée], mais il n’y a eu aucune avancée, l’Allemagne restant dans ce cadre.

Un demandeur d’asile sur deux est à la rue, le problème de l’hébergement se poursuit une fois le statut de réfugié acquis. Depuis les premiers camps de réfugiés en 2015, la situation s’est aggravée, en lien avec les difficultés du logement social. L’accès au séjour est de fait bloqué. Il n’y a pas un seul des centres d’hébergement qu’il visite où Pascal Brice ne rencontre des personnes titulaires d’un titre de séjour, voire qui ont perdu le droit au renouvellement de leur titre faute d’accès aux services administratifs.

Ce qui est évidemment facteur de difficultés pour les personnes concernées et leurs accompagnants est aussi facteur de désordre social, avec des gens à la rue, des campements. Cela résulte d’un choix politique, arguant qu’un mauvais accueil dissuadera les candidats au séjour. Cette faute pour les personnes concernées, pour les riverains, pour les quartiers met en jeu la cohésion sociale du pays.

Un dialogue existe avec la plupart des ministères, sauf avec l’Intérieur. Les échanges polis avec les ministères se heurtent à la porte fermée de ce dernier, chargé de l’intégralité des questions d’asile.

Il existe des solutions telles que celles préconisées dans «  Pour des politiques migratoires conformes à toutes les exigences de la République. Faire reculer les situations de non-droit ». Ce rapport, initié notamment par Pascal Brice, rédigé par un collège de praticiens du droit des étrangers (préfet, historien, syndicaliste, membre d’association, chef d’entreprise...), a été rendu public le 21 janvier 2020; voir par exemple :

https://www.forumrefugies.org/s-informer/publications/articles-d-actualites/en-france/621-pour-des-politiques-migratoires-conformes-a-toutes-les-exigences-de-la-republique

Ses rédacteurs insistaient sur la nécessité de changer d’approche, d’abandonner les stratégies dissuasives. Si le droit au séjour est reconnu, il doit être donné sans faire traîner la procédure indéfiniment. Il convient également d’ouvrir les critères de droit au séjour en prenant en compte les détresses humanitaires, les déplacés environnementaux, l’accès au travail. 

Pascal Brice ne cache pas son inquiétude : dans la situation de crise sociale actuelle (fragilisation des jeunes, affaiblissement des territoires, décrochages sociaux, incertitude identitaire, doute culturel), laisser volontairement la question des étrangers sans réponse constitue un véritable danger pour la société tout entière.


Échange avec les participants

Question On a bien compris que le ministère de l’Intérieur est fermé à toute discussion, qu’en est-il des autres ministères, y a-t-il un espoir de plus d’ouverture ou obéissent-ils à un mot d’ordre général ?
Réponse Les ministères sociaux sont conscients du problème, mais ils pratiquent l’autocensure. Revenir à une approche interministérielle est fondamental. Comme je l’ai rappelé à Jean Castex il y a peu, cette politique vis-à-vis des étrangers n’est pas sans conséquence sur sa propre politique de façon générale.

Q Qu’attendez-vous de nous, citoyens, engagés ou non dans des associations ou ONG ?
R Je ne me permettrai pas d’attendre quelque chose de vous, vous sachant confrontés à ce problème. Je peux en revanche vous préciser ce que j’attends de moi et essaie de m’imposer. Il faut éviter de céder à deux écueils : le découragement et la radicalisation. Le découragement car on se heurte à un mur : attente de rendez-vous, plates-formes inaccessibles, services publics à l’arrêt. On en vient à regretter l’époque où le préfet avait un pouvoir discrétionnaire sur le droit au séjour ! Chacun de nous a cent exemples de ces dysfonctionnements. Il faut résister à la tentation du découragement. La radicalisation. Face à ce mur, la tentation est grande d’emprunter des comportements que je qualifie de radicaux, car inutiles voire contre-productifs. En l’état d’un pays à la population vieillissante, qui doute, travaillé par les fragilités sociales et culturelles des classes moyennes, il est nécessaire de mesurer sans cesse ses propos et actions. Dans ce contexte, exiger des papiers pour tout le monde, ce que j’appelle la tentation de la radicalisation, est contre-productif. Il faut rester dans des choses audibles compte tenu de la capacité de la société, à savoir demander le respect des critères du droit d’asile, idem pour la migration de travail.

Q Quelle possibilité d’avenir pour les personnes présentes depuis longtemps, certaines arrivées mineures, travaillant dans des conditions illégales, qui n’auront donc pas accès à la retraite ?
R Si le système fonctionnait normalement, les gens seraient rapidement fixés sur leur statut administratif, or c’est l’inverse, le système fait traîner indéfiniment et les met dans des situations inextricables. Une des préconisations du rapport de 2020 était qu’en six mois l’administration ou le juge puisse statuer sur la situation au regard du droit au séjour, et ce en changeant d’optique, à savoir en examinant l’ensemble des critères (aujourd’hui en cas de demande d’asile, seul cet aspect est examiné, à la différence d’autres pays). Cela devrait s’accompagner de critères clairs et transparents sur le droit au séjour, alors qu’on est dans une situation pernicieuse où le droit n’est pas appliqué, laissant sans solution les personnes sans titre de séjour et travaillant au noir. Les syndicats agissent de longue date pour accompagner ces travailleurs vers un séjour régulier ; la personnalité de Marilyne Poulain de la CGT est à cet égard remarquable, la CFDT n’est pas absente de ce combat qui se place soit sur le terrain de la lutte contre la traite des êtres humains, soit sur celui de la régularisation par les employeurs. Tant que que ne sont pas clarifiées les règles de l’asile, de la protection humanitaire et celles de la migration de travail, les discussions restent compliquées.

Q Qu’entendez-vous par comportements radicaux, en avez-vous des exemples ?
R Il ne s’agit pas d’un jugement de valeur, ni d’une acception au sens de la violence. Face au blocage des situations, nous pouvons être poussés à la radicalisation de nos positions : l’idée (l’idéalisme) d’une régularisation pour tous est contre-productive et sans issue.

Q Quelle est la logique du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (Ceseda), sa récente révision en a-t-elle clarifié l’usage ou faut-il l’abroger ?
R Le rapport de 2020 notait qu’aucun droit n’est aussi complexe que le droit des étrangers, sa stratification à l’infini le rend illisible. Sans être ni complotiste ni paranoïaque, on peut constater que ce droit illustre une logique de dissuasion. Le rapport préconisait une simplification des règles, le traitement des demandes en six mois, au regard de l’ensemble des critères. Une démocratie a besoin d’un Ceseda, mais ses règles doivent être compréhensibles. Sinon, c’est délétère pour tous, pour les personnes étrangères et leurs accompagnateurs professionnels comme bénévoles et pour les fonctionnaires chargés de l’examen des dossiers.

Q Que pensez-vous des cas de mineurs et /ou jeunes majeurs expulsables alors qu’ils sont titulaires de contrat ou en cours d’apprentissage ?
R On touche au comble de l’aberration, ces jeunes sont en formation ou titulaires d’un contrat, ils répondent à un besoin dans les entreprises, ont acquis des compétences et ils sont sous le coup d’une OQTF [Obligation de quitter le territoire français] ! Des personnes qui ont des enfants de nationalité française se voient refuser leur titre de séjour. Des cas sont recensés partout en France, la mobilisation est précieuse, à l’exemple du boulanger de Besançon. Quand les gens appréhendent le phénomène de haut, ils sont sensibles aux pires thèses, mais tout change lorsqu’il s’agit de personnes précises, qu’ils connaissent et voient au quotidien. Les mobilisations locales semblent avoir plus de chances de déboucher.

Q Les villes peuvent-elles être des alliées des ONG par des dispositifs d’accueil (Grande-Synthe, Grenoble…) ?
R C’est possible en prenant toutefois des précautions, je parle aussi comme conseiller municipal. Des discussions ont été entamées avec des municipalités comme Paris, Nantes et d’autres. Le niveau des communes et des métropoles est un niveau d’action intéressant mais limité et le risque est grand que les maires se retrouvent débordés si leur politique d’accueil fonctionne et qu’ils se heurtent au ministère de l’Intérieur. Il faut certes pousser les élus à se mobiliser mais faire preuve d’une grande bienveillance à leur égard. La responsabilité est celle de l’État, mais je reste convaincu qu’on pourrait tellement faire avec les fonctionnaires compétents, les villes engagées et les citoyens actifs si les règles étaient clairement définies et appliquées.

Q Le rapport que vous citez est-il disponible ?
R Je mettrai à votre disposition ce rapport dont l’histoire est édifiante. En constituant un collège de praticiens et praticiennes du droit des étrangers, nous voulions réunir des personnes avec des points de vue et des expériences différentes (préfet, syndicaliste, historien…). Il a connu un succès d’estime certain, a fait la Une du Monde, mais un total flop auprès du gouvernement. Le rapport était-il si nul que rien ne puisse en être retenu ?

Q Se dessine-t-il une évolution pour faire sortir la question des étrangers du giron de l’Intérieur, ce qu’aucun gouvernement n’a jusqu’à présent modifié  ?
R Il faut revenir à ce qui existait avant 2010, une vision interministérielle, avec une prise en charge par l’Intérieur, les Affaires sociales et le Quai d’Orsay. Le rapport préconisait une agence des migrations sous la tutelle du Premier ministre, le ministère de l’Intérieur ne devrait s’occuper que de l’ordre public. Il faut sortir des postures et se préoccuper d’un droit efficace en lien avec les acteurs de la société. Fin 2018, j’ai cru que cela allait pouvoir être possible, je suis parti quand j’ai compris que cela ne serait pas le cas.

Q Que dire à des personnes qui travaillent en France depuis longtemps sans obtenir de régularisation ? Comment les accompagner ?
R Je ne sais pas et suis confronté à la même difficulté. Faire prévaloir ce qui paraît sensé, faire prévaloir notre présence, mais le mur est là. Ne pas transiger sur l’inconditionnalité de l’accueil, malgré l’absence de prise en charge surtout au niveau de l’hébergement.

Q Serait-il possible de constituer un groupe de travail pour porter les propositions du rapport de 2020 en fixant des objectifs quantifiables  ?
R J’y suis tout à fait favorable, l’encourage et serais heureux d’y participer.  Des initiatives existent comme la démarche Opale [accompagnement des familles hébergées à l’hôtel], initiée par le Samu social ou l’action de personnes comme Marilyne Poulain.

Q Aurélien Taché (reçu par le RCI en février dernier) tablait sur une réflexion et une action conjointes d’élus, de représentant associatifs, de journalistes, d’intellectuels. Qu’en pensez-vous? Qu'est-ce qui peut porter, qui soit audible et ne soit pas suspect de radicalisation?
R C'est de cette façon qu'il faut avancer, en insistant sur le respect du droit d’asile, la prise en compte des nécessités humanitaires et environnementales et les besoins économiques à satisfaire. Aurélien Taché est bien nommé pour agir dans ce domaine, mais il faut voir plus large sans exclusive.

Q Membre de la Fédération de l’entraide protestante, elle-même responsable d’une entraide parisienne, Florence Daussant rappelle que depuis plus de dix ans, malgré toutes les alertes,  les hébergements de court séjour à l’hôtel perdurent. L’alarme ne cesse d’être lancée sur les conséquences dramatiques que cela induit : des enfants ne sont pas scolarisés depuis plusieurs années, l’impossibilité de faire la cuisine amène des problèmes de santé publique. Comment faire bouger les choses ?
R Il s’agit d’une réelle difficulté, qui dure depuis trop longtemps. Le recours à l’hôtel est d’une apparente facilité pour les gestionnaires publics, mais on sait que cela ne convient pas. En tant que président de la FAS, je me suis réjoui du report de la fin de la trêve hivernale au 1er juin, mais qu’adviendra-t-il alors des 200 000 personnes hébergées ? Dès que l’on manifeste la conviction que l’hébergement à l’hôtel ne doit pas continuer, on a pour réponse c’est l’hôtel ou la rue. La qualité de l’hébergement se dégrade, le prix de journée payé aux associations est en diminution, on ne finance que le toit sans accompagnement social adapté.  La logique budgétaire est mise à mal par l’emprise de l’urgence, le recours à l’hôtel revenant plus cher. Pour la FAS, il est nécessaire de réduire l’accueil en hôtel. Le ministère du Logement a donné son accord pour une loi de programmation sur l’hébergement, quand verra-telle le jour ? La base du plaidoyer de la FAS est que soit fixé un cadre pour l’hébergement quelle que soit la nationalité du demandeur et un accès au logement notamment pour les réfugiés.

Q Quelle solution l’État français offre-t-il aux personnes reconnues réfugiées ? Que se passe-t-il à Calais maintenant ? Riaz Ahmad résume sa situation, du camp de Calais (où il avait rencontré Pascal Brice) jusqu’à l’obtention du statut de réfugié en 2017. Et l’attente d’un logement social. Actuellement étudiant en master, boursier, il est logé par le Crous, mais après ?
R J’ai découvert cette situation vers 2015. Avant on pensait qu’à l’obtention du statut la question du logement était réglée. Ce n’est plus vrai. Le logement social est en crise, particulièrement en région parisienne. Les progrès de l’administration n’effacent pas les réelles difficultés. Calais ne cesse de me préoccuper ; si les arrivées ne sont plus massives, elles continuent, mais rien n’est fait sauf dissuader les associations d’agir. Il ne faudrait pas que les personnes restent sur Calais mais qu’elles soient orientées vers des hébergements répartis partout en France. Ces pratiques dissuasives, le non-respect du droit, qui se déroulent sans avoir d’écho sont pour moi une grande déception. Le bidonville démonté, il aurait fallu des dispositifs de prise en charge. Il y a moins de monde à Calais, mais il y a des situations de grande difficulté notamment pour des jeunes.

Q Que pensez-vous des positions de Catherine Wihtol de Wenden en matière d’accueil ?
R L’important n’est pas ce qu’on en pense mais ce que l’on peut faire avancer en l’état de la société entre des enthousiasmes dans l’accueil et des réticences. Prendre les choses par l’accès au travail est une bonne voie.

Q A-t-on espoir de faire sauter le règlement de Dublin ? Mare Nostrum a fonctionné un certain temps, maintenant la politique européenne qui s’appuie sur Frontex est d’une tout autre nature.
R On mesure là les limites de l’intégration européenne. La politique de dissuasion ne fait que semer le désordre. Il faut reconnaître que dans sa globalité la Commission européenne ne réagit pas mal, on n’arrivera à faire évoluer la situation que si les choses sont maîtrisées. On adorerait pouvoir dire « on ouvre à tout le monde », on a vu ce que cela a donné en Allemagne : un an après, la situation avait changé et cela a débouché sur l’accord avec la Turquie. Vu l’état des sociétés européennes, soit on maîtrise les questions de migration, soit elles reviendront en boomerang. Il faut trouver un substitut à Dublin. Ce pourrait être des lieux d’accueil dans l’Union (Espagne, Italie, Malte), et non à l’extérieur de l’Union, où seraient instruites les demandes d’asile avant une répartition des demandeurs dans les différents États.

 ***

Prochaines soirées Grand Témoin :

- 17 mai, George Pau-Langevin, ex-députée, ex-ministre, adjointe à la Défenseure des droits, Claire Hédon.

-  courant juin, Rencontre de mineurs isolés autour du livre « Je voulais une chance de vivre - Récits de mineurs isolés étrangers »  (éditions de l’Atelier, oct. 2020).

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Infléchissons ensemble la politique migratoire répressive !
Voir l'enregistrement du zoom : https://youtu.be/RvwVssrRf8s


Jean-Jacques Lambert, président du RCI, rappelle la longue existence du Réseau qui mène une réflexion sur les migrations, et l’incarne par des activités sur le terrain, à travers des cours de français, une permanence juridique avec la Cimade et les dîners du Goût de l’Autre.

Aurélien Taché, député du Val-d’Oise, a fondé en décembre 2020 le parti Les Nouveaux Démocrates. Les membres du RCI sont heureux d’accueillir aujourd’hui celui dont ils ont remarqué en 2018 le rapport pour une politique d’intégration et ses 72 propositions.

Dans cet esprit, Jean-Jacques Lambert propose à Aurélien Taché de rappeler les points forts de son rapport, de préciser lesquels lui semblent urgents à mettre en œuvre, puis de donner son point de vue sur la politique actuelle d’immigration et d’intégration, et d’indiquer enfin quel serait son programme en ce domaine.

Après avoir salué les activités du Réseau dans l’accueil des migrants ou exilés, Aurélien Taché mentionne sa connaissance du terrain acquise avant d’être un élu, au sein des cabinets de Sylvia Pinel et Emmanuelle Cosse, quand il était chargé de l’hébergement et de l’accueil des personnes à la rue. Il y a travaillé entre 2014 et 2016 durant la « crise des réfugiés », qui fut à dire vrai une crise de l’accueil. Il a pu suivre l’évolution des politiques publiques avant l’arrivée de réfugiés venant essentiellement du Moyen-Orient et de la corne de l’Afrique. C’est dans cette période que les dispositifs ont évolué, de Calais aux CAO (centres d’accueil et d’orientation) et centres d’hébergement d’urgence. Période dense sur le plan humain, mais aussi au niveau des politiques publiques, dont il tire un bilan mitigé, c’est ce qui l’a conduit à vouloir ensuite travailler sur l’intégration.

Il note positivement l’existence de dispositifs relativement complets une fois que les personnes sont  prises en charge, encore faut-il qu’elles le soient. La réglementation va de pair avec une multiplication des procédures (centres pour « dublinés », pour aide au retour, en amont de la procédure d’asile, etc.). Cela a conduit à plus de dispositifs pour moins de places, avec une approche de plus en plus restrictive. Pourtant le standard d’accueil est plutôt élevé par rapport au reste de l’Europe (allocation pour demandeur d’asile, hébergement...).

Mais le gros point noir est l’impossibilité légale de travailler. Aurélien Taché reprend la distinction que fait François Héran entre migrations ordinaires et migrations extraordinaires (pour cause de crise humanitaire, de guerre…). Or on a calqué l’accueil des migrants sur celui de l’urgence sociale, sans tenir compte de leur demande : aidez-nous à apprendre le français et laissez-nous travailler, ce qui nous permettra de retrouver notre dignité.

Alors que son rapport était essentiellement tourné vers ces deux axes, depuis des années, cela ne bouge absolument pas au niveau de l’État.

Il faut à ce sujet interroger la pertinence de confier exclusivement la politique migratoire au ministère de l’Intérieur. Avant 2009, sa gestion était répartie entre les Affaires étrangères (visas), l’Intérieur (titres de séjour, ordre public, éloignement du territoire) et les Affaires sociales (accueil, naturalisations). L’ensemble étant rattaché au ministère de l’Intérieur, la tentation naturelle est de considérer que moins il y a de personnes qui entrent en France, moins nombreuses seront celles qui restent et moins seront à éloigner. Tant que le ministère de l’Intérieur est seul aux manettes, on ne peut s’éloigner de cette conception malthusienne. Le raisonnement de l’Intérieur est : si la personne travaille, on ne peut l’expulser, d’où l’interdiction d’accéder à l’emploi.

La question à se poser est faut-il renvoyer une personne qui travaille ? Aurélien Taché cite le cas récent du boulanger de Besançon en grève de la faim pour que son apprenti guinéen puisse être régularisé. La France est le dernier pays d’Europe à avoir une législation aussi restrictive, qui conditionne et la situation des migrants et le regard que la société porte sur eux. Ils sont prêts à aller vers des emplois non pourvus, beaucoup sont qualifiés, parlent plusieurs langues et vivent un déclassement. Il faut le marteler, on a besoin de faire évoluer la législation et le regard des Français changera. Faire évoluer la loi passe par une meilleure reconnaissance des diplômes étrangers, par la validation des savoir-faire et des acquis de l’expérience. Un exemple dans sa circonscription : un infirmier syrien expérimenté, habitué au travail en situation de guerre, a dû reprendre des études pour prétendre à un poste d’aide-soignant, trois ans de formation donc trois ans sans droits, sans RSA. La culture de la norme, sans tenir compte des éléments d’extranéité, des éléments linguistiques est un obstacle à l’accès au travail.

En 2018, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, avait lancé un appel à projets visant spécifiquement l’insertion des réfugiés par l’emploi dans le cadre du Plan d’investissement pour les compétences. Cela nécessite effectivement un investissement de départ mais qui se révèle payant. À l’époque, le Medef s’était montré volontariste, conscient de la nécessité de pourvoir des emplois, et constatant l’apport positif sur le plan humain de la présence de ces travailleurs dans une entreprise. Il faut continuer à le dire, alors que la politique actuelle est tournée vers la maîtrise des frontières et de l’immigration irrégulière. Il y a deux ou trois ans, l’OCDE a pourtant pointé la nécessité de faire évoluer la législation française.

Aurélien Taché exprime sa déception devant ce blocage par manque de courage politique, sur le thème de l’appel d’air, qui n’a pas de sens. Souvent, la France ne vient qu’en deuxième ou troisième position dans le choix d’un pays (à cause justement des difficultés liées au travail, de la place de la religion). Les gens continuent de venir, en pleine crise du Covid, de Calais à Aubervilliers il y a beaucoup d’arrivants.

Dans son rapport de 2018, Aurélien Taché mettait l’accent sur les cours de français dès la demande d’asile (et non pas au moment de la signature du contrat d’intégration républicaine qui intervient deux ou trois ans plus tard) et l’autorisation de travail. La France y gagnerait, les réfugiés apportent à la nation, ils trouveraient leur place.


Échange avec les participants

Question Il existe des places d’hébergement, mais il reste de nombreuses personnes dehors. Quels moyens d’action ?

Réponse Le Code de l’action sociale et des familles (article L 345-2)énonce un hébergement inconditionnel, l’État est régulièrement condamné à ce titre par les juridictions administratives françaises et les cours européennes. Même dans la majorité, je n’ai pu faire bouger les lignes. Il y a un refus clair et net du pouvoir exécutif de faire évoluer les choses. La voie judiciaire doit être davantage explorée.
Il existe bien une possibilité d’action individuelle pour faire condamner l’État, celui-ci doit apporter la preuve qu’il n’avait pas de place d’hébergement. Le Conseil d’État a quant à lui reconnu le principe de fraternité.
L’action collective peut être envisagée. L’exemple de l’Affaire du siècle qui a obtenu une condamnation de l’État pour la non-mise en œuvre de ses engagements sur le plan climatique doit être étudié. « L’Affaire du siècle » est une initiative de militants associatifs, une action de ce type peut être duplicable.
Pour ce faire, il est important de documenter le sujet, à l’heure actuelle très peu de chiffres sont disponibles, hormis les statistiques du ministère de l’Intérieur. La création d’un observatoire qui démontrerait les violations quotidiennes des droits humains, y compris aux frontières (notamment italienne) permettrait d’objectiver la question et d’agir judiciairement pour parvenir à changer la loi et non se contenter de politiques à court terme.
 

Q Vous avezévoqué le volontarisme du Medef, qu’en était-il des syndicats ?

R J’avais senti plus d’allant du côté patronal que du côté syndical, pas d’opposition de leur part mais pas non plus de grande ferveur. Certes la CGT, avec des personnes comme Maryline Poulain, est très active pour la régularisation des travailleurs sans papiers, mais elle se montre moins revendicative pour faire évoluer la loi en faveur de l’autorisation de travail. Le Medef proposait quant à lui des formations spécifiques pour les migrants sur deux métiers (couvreur, employé de banque).
 

Q Vous parlez de la logique malthusienne du ministère de l’Intérieur, la position du ministère du Travail est-elle différente, y a-t-il des visions différentes selon les ministères ou forment-ils un bloc ?

R Tant que c’est la même personne qui doit accueillir et éloigner, depuis une quinzaine d’années la pression politique se fait de plus en plus forte dans le sens de restrictions. Alors qu’il existe plus d’ouverture au ministère du Travail, une tradition de solidarité aux Affaires sociales, et même aux Affaires étrangères, où l’on n’est pas nécessairement enclin à mettre dans le jeu diplomatique les demandes d’expulsion. Aujourd’hui, seul le ministère de l’Intérieur décide, il n’y a plus vraiment d’interministérialité sur ce sujet. Yannick Jadot déclarait ce dimanche qu’il ne faudrait plus confier l’immigration au seul ministère de l’Intérieur, j’en suis heureux. Dans mon rapport, je préconisais la création d’une Agence de l’intégration, placée sous la responsabilité du Premier ministre.


Q De plus en plus de juges administratifs prennent des décisions à l’opposé de la jurisprudence des cours européennes et tordent les faits pour justifier des « OQTF ». Une mission parlementaire pourrait-elle être envisagée pour vérifier l’application de la loi et examiner les critères de nomination des juges ?

R Je vais me pencher sur ces faits et voir comment aborder la question. Obtenir une mission parlementaire n’est peut-être pas aisé, mais il est envisageable d’interpeller le gouvernement par une question écrite. Ce n’est en tout cas pas rassurant. Je ne peux m’empêcher de faire le lien avec le Conseil d’État qui a validé l’interdiction faite à des journalistes d’assister à l’évacuation d’un camp. Plus globalement, on peut s’interroger sur la pertinence d’un ordre administratif dans le système judiciaire.


Q La même question se pose à propos de la CNDA. On assiste à un durcissement manifeste des décisions, malgré une jurisprudence favorable dans le passé. Les décisions sont de plus en plus sévères sans qu’il puisse en être justifié.

R Je n’en suis qu’à moitié surpris, la CNDA étant une sorte de juridiction d’exception, potentiellement plus perméable au contexte politique qu’une juridiction classique. La France s’enorgueillit d’avoir en l’Ofpra une entité indépendante, situation différente de celle de l’Allemagne où le ministère de l’Intérieur fixe des quotas par pays (décidant par exemple d’accueillir les personnes venant de Syrie et refusant celles du Kosovo), mais l’indépendance de l’Ofpra est-elle réelle ou n’est-elle que de façade ? Il y a une réforme à opérer des voies de recours et des organes chargés de les étudier.

 

Q Mon association vient en aide à des familles pour la plupart sans papiers, éligibles à un hébergement. Dans les faits, elles sont logées pour de très courtes durées, parfois quelques jours, dans des hôtels répartis dans toute l’Île-de-France, où le plus souvent il n’y a pas de possibilité de faire la cuisine. Pour certaines familles, cela dure depuis huit ans. Les conséquences : impossibilité de scolariser les enfants. Qui dit pas d’école, dit pas de cantine, pas de centre de loisirs. Certains enfants sont privés d’école depuis deux ans. Cela fait quinze ans qu’on dit qu’il faut des appartements, que le coût des hôtels est bien supérieur. Il y a un enjeu d’éducation, des problèmes d’alimentation. Auprès de qui tirer la sonnette d’alarme ?

R En 2015, le premier plan de réduction des nuitées d’hôtel prônait les centres d’hébergement d’urgence pour familles, mais cette voie fut peu suivie. Le rachat des hôtels par des organismes de logements sociaux a aussi été expérimenté. Le système du 115 pose problème, la politique du logement devrait être moins restrictive pour les personnes dont la situation administrative est complexe. La question de l’école est un sujet politique de fond, les « ni-ni » (ni régularisables, ni expulsables) doivent être pris en charge.
Pour faire bouger les choses, on va buter sur une réalité trop mal connue, trop peu objectivée. Il faudrait que l’opinion publique soit alertée. Je reviens à la proposition de création d’un observatoire. J’avais en 2017 proposé à Emmanuel Macron de donner un titre de séjour à toute personne non renvoyée au bout de deux ans, il est vite revenu au dogme de la dissuasion. On rend les gens invisibles. Il doit prochainement être mis fin à l’hébergement en hôtel des mineurs non accompagnés, ma crainte est que moins d’enfants soient pris en charge. La même inquiétude existe en ce qui concerne les familles, si les moyens mis en œuvre sont insuffisants, il y aura moins d’accueil. Je peux interpeller le gouvernement, lui demander de se justifier. Je vais me rapprocher d’Emmanuelle Wargon, je crains qu’elle ne dise que cela est du ressort du ministère de l’Intérieur. Or, je n’ai reçu à ce jour aucune réponse aux lettres que j’ai adressées à Gérald Darmanin sur de multiples sujets.

 

Q Des études de l’Anafé (assistance aux frontières), d’Amnesty International, de la Ligue des droits de l’homme, notamment, sur les violations des droits humains existent. Des associations se sont groupées pour les États généraux des migrations qui se sont tenus et se tiennent sans soutien public. Ne peut-on envisager une coopération avec les élus de bonne volonté ?

R Le sujet est compliqué car il cristallise les passions et pas toujours les plus heureuses. Il faut arriver à rassembler toutes les bonnes volontés qui continuent de se battre, car la situation ne fait que se dégrader. Je suis déçu de ce pouvoir, je pensais que l’actuel président de la République serait plus courageux sur le sujet. Les Français sont intoxiqués de mauvaises informations. L’opinion a été retournée : la personne qui a besoin d’être protégée devient celle dont il faut se protéger ! Il faut déconstruire cela, arriver à constituer un lobby citoyen réel. J’ai en mémoire la réticence d’habitants de petites communes à l’ouverture d’un centre d’accueil, puis leur réaction inverse lors de sa fermeture. Les gens sont en majorité plus ouverts qu’on ne croit. L’exemple du boulanger de Besançon et d’autres initiatives doivent être montrés. Un observatoire indiquerait vers qui se tourner pour agir.

 

Q Il existe effectivement beaucoup d’exemples de solidarité, vous n’êtes certainement pas le seul député à avoir un regard positif sur l’immigration, mais nous, acteurs de la société civile, ne les connaissons pas. Face à la tutelle effrayante du ministère de l’Intérieur, les parlementaires qui ont à cœur cette question ne pourraient-ils pas constituer un groupe d’études ?

R La création d’un groupe d’études, par ailleurs très réglementée, est une voie qui a été explorée, sans résultats. En revanche, un collectif informel de députés est possible. Pour être plus efficace, il faut une approche croisée regroupant réseaux associatifs, députés, élus. Je ne lance pas cette idée par hasard, j’y réfléchis depuis un certain temps. J’ai conscience de ne pas apporter de réponses clés en main.

 

Q Aviez-vous lu l’interview d’Emmanuel Macron par Geneviève Jacques pour l’hebdomadaire Réforme en 2017, dans laquelle il affirmait : «  L’immigration se révèle être une chance d’un point de vue économique, culturel, social. » ? Qu’en pensez-vous ?

R J’en conçois déception et regret, car désormais même dans le discours, le Président assume son changement de cap. La France est en deçà de ce qu’elle devrait être. Je suis disponible pour réfléchir à tout projet de lien avec d’autres parlementaires. Il est important de redonner une visibilité à ces questions avant le retour des étapes électorales, sinon il faut craindre à nouveau un durcissement à l’égard des migrants. Je suis prêt à y consacrer du temps, en 2021, avec des membres de mon équipe.

 

En remerciant Aurélien Taché de son intervention, Jean-Jacques Lambert l’assure que le RCI, qui a toujours insisté sur l’importance d’un jeu collectif, restera en contact.

                                                                                                          Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., pour le RCI

   Communiqué de le Cimade : Derrière les chiffres 2020, la poursuited'une politique migratoire restrictive pendant la pandémie

Le ministère de l’intérieur a publié [le 21 janvier] des premières statistiques concernant l’immigration et l’asile pour 2020. Si les baisses spectaculaires s’expliquent en grande partie par la crise sanitaire, les atteintes aux droits des personnes étrangères sont quant à elles imputables à la poursuite d’une politique migratoire restrictive. Ainsi, le nombre de visas délivrés est passé de 3,5 millions à 712 000 (soit moins 79,7%), le nombre de premiers titres de séjour de 277 406 à 220 535 (soit une baisse de 20,5%) et le nombre de demandes d’asile enregistrées de 143 000 à 93 000 (soit une chute de 35%). 

Derrière ces chiffres, La Cimade constate la persistance, et parfois l’aggravation, des violations des droits fondamentaux des personnes étrangères en 2020.

Pour lever le voile sur la réelle situation vécue par les personnes migrantes et réfugiées en 2020, La Cimade publie ses observations, fruit de travaux d'accompagnement des personnes étrangères sur le terrain, de collecte d’informations et de plaidoyer réalisés par ses équipes...

Les exemples de violations manifestes des droits constatées en 2020 ne manquent pas :

  • Aux frontières, les violations des droits se sont poursuivies tout au long de l’année. Les privations de liberté ont continué dans des conditions indignes. Et les autorités françaises ont aussi continué à refouler des personnes, notamment vers l’Italie, même lorsque le pays était l’un des épicentres de la pandémie.
  • La fermeture complète des préfectures puis leur réouverture partielle, associée à la difficulté pour obtenir un rendez-vous sur internet et à l’obligation de déposer des demandes de façon dématérialisée, a conduit à cette chute du nombre de titres de séjour délivrés. Malgré les très fortes mobilisations pour demander une large régularisation, le gouvernement est resté sourd à ces revendications...
  • Les centres de rétention ont été maintenus ouverts et les personnes enfermées n’ont pas été libérées. Les conditions sanitaires n’y étaient pourtant pas assurées et plusieurs clusters y ont été décelés tout au long de l’année.   

Nous revendiquons l’arrêt de cette politique d’enfermement et d’expulsion et appelons le gouvernement à la fermeture des centres de rétention administrative, la refonte profonde des politiques migratoires et la régularisation large des personnes étrangères présentes en France

 

11 janvier 2021, une rencontre tonifiante, au regard des "personnes" migrantes en perdition

enregistrement de la rencontre : https://www.youtube.com/watch?v=wEFRri8rCZ8

Le Président François THOMAS évoque d'abord la création de SOS Méditerranée et ses missions.

SOS Méditerranée est une association civile européenne qui a été mise en place après que l'opération humanitaire Mare Nostrum ait été arrêtée et que les dispositifs Triton et Sophia qui lui ont succédé avaient pour objet la protection des frontières. Elle se donne pour mission de remplacer les Etats défaillants. D'après le droit maritime, les Etats côtiers ont pourtant la responsabilité du sauvetage en mer et l’obligation de secourir les personnes en détresse dans les zones qui leur sont affectées.

C'est en 2015 que Klaus Vogel et Sophie Beau fondent SOS Méditerranée, et se lancent dans l'acquisition d'un navire allemand (utilisé auparavant par les garde-côtes), l'Aquarius. Cette démarche a pu se faire grâce à un appel aux dons, auquel ont répondu de nombreux particuliers, des collectivités locales, ainsi que des mécènes.

A côté de quelques autres rares initiatives européennes du même ordre, l'Aquarius a pour tâche d'empêcher que meurent noyés quantité d’humains qui traversent la Méditerranée sur des canots de fortune, pour fuir la misère, le « no future », des menaces de mort ou des traitements inhumains. On sait que des dizaines de milliers de personnes ont ainsi perdu la vie depuis le début des grandes migrations sur cette voie. 31 799  ont été sauvées en 5 ans, grâce à SOS Méditerranée...

Si la durée d'activité de l'Aquarius n'a été que de deux ans, c'est que le "bateau citoyen" s'est trouvé en butte aux pires tracasseries administratives et à l'hostilité de responsables politiques, pour qui les migrants sont indésirables - au premier chef alors le gouvernement Salvini. Le bateau doit changer plusieurs fois de pavillon pour finalement mettre un terme à ses activités en décembre 2018. La relève est prise, en juillet 2019, par l'Ocean Viking, battant pavillon norvégien. Afin de pouvoir opérer, ce dernier a fait l'objet de nombreux investissements pour accueillir les personnes rescapées, et surtout se soumettre à des exigences tatillonnes (surjoués notamment par  la pandémie de la Covid-19).

Il y aurait encore beaucoup à dire… mais le président Thomas préfère laisser la parole à l’expression de témoins directs.


Marie RAJABLAT, en parlant de ses deux longues missions à bord (en 2016 et 2018), propose un éclairage complémentaire sur l'aventure hors du commun de SOS Méditerranée. Elle s'est donné comme objectif de recueillir les témoignages des rescapés et de les faire  connaître dans un livre au nom évocateur : Les naufragés de l'enfer (éd. Digobar). Quoiqu'infirmière en psychiatrie, elle n'a pas embarqué à ce titre, mais elle reconnaît que ses compétences professionnelles n'ont pas été inutiles, tant les personnes sauvées sont souvent meurtries et traumatisées.

Elle incarne, ce faisant, les missions de l'Organisme humanitaire : protéger et soigner. Non pas des groupes, mais des personnes individuelles ayant chacune une histoire (Le bateau -outre l’équipage du navire- embarque toujours une équipe médicale : Médecins sans frontières ou Médecins du Monde trouvent là à s'employer abondamment). D'autre part, témoigner ; comme l'a pu faire également un Erri de Luca, dans un article éloquent du Monde (Amère méditerranée, 13 mai 1917) ; embarquent aussi, avec le même objectif, un ou deux journalistes et un photographe.

Marie fait part de l'émotion qui fut la sienne la première fois lorsque qu'elle aperçoit au-dessus de l'eau, dans l'obscurité de la nuit, des dizaines de points brillants ... qui se sont révélés être les yeux des naufragés reflétant les lumières de l'Aquarius.

On invite les personnes une fois hissées à bord, à dire leur nom, leur âge, leur pays d'origine. Elles sont restaurées et, si elles s’avèrent malades ou blessées, elles reçoivent les premiers soins. Un dialogue s'établit, en anglais souvent, en arabe quelquefois (Marie les fait tous rire lorsqu’elle parle un peu en arabe).

Après une traversée angoissante dans l'inconnu et l'incertitude la plus totale, où le danger constant de chavirer est traumatisant, après pour bon nombre, l'horreur d'une vie d'esclave en Libye, vendu et utilisé comme du bétail, voilà que nos amis ré-intègrent un monde humain, où ils sont considérés, respectés, entourés d’attentions.

La suite, à terre, n’est plus du ressort de SOS Méditerranée. Certes, ce sont encore de très longs parcours semés d’embûches… Le relais se fait, comme chacun le sait, par d’autres citoyens mobilisés en associations qui s’efforcent de prendre en charge leur accompagnement.

Nous tous, ne sommes pas, hélas au bout de nos peines !

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Visio-conférence de François Gemenne, notre Grand Témoin,
le Lundi 30 novembre,
un temps fort d'écoute et de partage...

"L'universalisme français a perdu sa dimension universelle et cosmopolite".

Avec patience et humour, François Gemenne, chercheur-enseignant, déconstruit les préjugés sur la question migratoire. Cf. son dernier ouvrage "On a tous un ami noir" (Fayard, sept 2020) : chiffres à l’appui, le chercheur-enseignant sur les migrations montre que non, ce n’est pas « toute la misère du monde » qui vient en Europe ; il s'agit plutôt de personnes issues des classes moyennes, souvent assez diplômées et qui aspirent plus à l’entreprenariat que les Français. Et non, les migrants ne coûtent pas cher au système social français, pas plus qu’il n’y a de « déferlante migratoire ».

Compte-rendu de la rencontre

Jean-Jacques Lambert, président du RCI, se réjouit de la reprise de cette activité de l’association qui mène de front une réflexion sur les migrations, et une action sur le terrain, à travers des cours de français, une permanence juridique avec la Cimade et les dîners du Goût de l’Autre.

Céline Dumont, secrétaire générale du RCI, évoque les premiers contacts avec François Gemenne alors jeune chercheur au CERI-Sciences-Po. Spécialiste des questions de géopolitique du changement climatique et de la gouvernance internationale des migrations, il est rattaché à l’université de Liège, et enseigne notamment à Sciences-Po Paris et à la Sorbonne.

L’extrême droite mène la danse

François Gemenne se place en spécialiste engagé qui s’interroge sur les raisons qui font qu’on a adopté le cadre, le vocabulaire et les concepts de l’extrême droite. Alors que celle-ci n’a pas remporté les élections, depuis plus de trente ans, elle a réussi à imposer ses cadres de pensée. Il fait remonter cet état de fait à 1984 quand Laurent Fabius déclare que le FN pose les bonnes questions mais y apporte de mauvaises réponses. 

Nous, y compris les chercheurs, n’en sommes pas sortis, nous avons accepté que l’extrême droite s’empare de l’agenda politique et médiatique sur ces questions et impose son vocabulaire. Nous nous sommes retrouvés à jouer en défense plutôt qu’en attaque. Pour continuer la comparaison avec le football, on prend des buts mais on n’en marque pas. François Gemenne est frappé de constater, qu’il intervienne dans des universités, des associations ou des journaux, il lui est toujours demandé de se placer dans un débat binaire du type l’immigration est-elle une opportunité ou un fardeau, un bénéfice ou un coût pour les finances publiques…

Comme si la réponse à ce genre de question devait déterminer les politiques migratoires. On s’autorise sans s’offusquer un débat qu’on n’oserait pas lancer sur d’autres catégories de population (ex. : les personnes handicapées sont-elles un fardeau pour la société ?).

François Gemenne est frappé qu’on ne le sollicite que pour tordre le cou aux idées de l’extrême droite. C’est une défaite pour le chercheur s’il n’apporte pas de propositions nouvelles, comme si son rôle n’était que de dissiper rumeurs et mensonges.

L’extrême droite a imposé un grand nombre de termes (migrant est devenu péjoratif, tri, appel d’air…) qui ne sont même plus discutés et admis comme indiscutables. Le concept d’appel d’air fonde l’essentiel des politiques d’accueil, comme si accueillir mieux favorisait plus de migrations.

Comment en est-on arrivés à être à ce point perdants que tout discours empreint de réalisme et d’humanité se fracasse sur un mur d’idées reçues ?

François Gemenne identifie trois erreurs :

1. Associer migration à crise

On ne montre les migrants qu’en situation de détresse extrême que ce soit pour les naufrages, dans des camps insalubres ou récemment place de la République. Cela génère des réactions qui peuvent être aussi bien d’empathie, de pitié que d’inquiétude et d’angoisse. On ne les montre jamais dans la réalité allant chercher les enfants à l’école, faisant la cuisine, lisant un magazine féminin… alors que leur quotidien ressemble à notre vie. On mobilise ainsi l’émotion plus que la raison, ce qui a tendance à renforcer la fermeture. Quel que soit le type de crise, qu’il s’agisse de la pandémie, des attentats, de crises économiques, l’opinion est rassurée par la fermeture des frontières, sans que l’on sache si cette fermeture est efficace ou non.

Ce narratif a envahi le débat public : les gens ont tendance à croire que la fermeture des frontières peut mettre un terme à la crise. Or elle renforce la crise, conduit à plus de naufrages, plus de camps inhumains et on entre dans un cercle vicieux. Rester dans ce descriptif de crise pousse au renforcement de la fermeture..

2. Parler au pluriel

On a l’habitude d’employer des pluriels : les migrants, les demandeurs d’asile, les étrangers… comme un groupe constitué de personnes qui se connaissent, ont des revendications communes, ce qui est l’inverse de la réalité. En les désignant au pluriel, on les essentialise, on les considère comme un groupe porteur de caractéristiques communes, pratique qui les rend tous soit remarquables, soit dangereux. Même certaines ONG ont tendance à les voir porteurs de caractéristiques exceptionnelles (le couple à l’origine d’un des vaccins contre le Covid en Allemagne a été présenté comme enfants d’immigrés). En parant les étrangers de qualités hors du commun, comme s’il avaient ces qualités uniquement parce qu’ils sont étrangers, on légitime le discours de l’extrême droite pour qui ce sont des gens qui menacent nos salaires, notre culture…

Il faut relever le défi de singulariser les individus, il y a parmi eux des gens remarquables et des gens méprisables, ils sont le miroir de la société actuelle, et les accueillir comme une partie de nous-mêmes.

François Gemenne prend l’exemple des gauchers, dont il fait partie. Ils représentent 13 % de la population, les étrangers 10 %. Jamais il n’a à s’identifier comme gaucher. Pourquoi applique-t-on aux étrangers un traitement qu’on n’imaginerait pas pour les gauchers ?

3. Opposer chiffres à subjectivité

On a trop voulu opposer chiffres et statistiques à ce qui est une appréciation subjective des migrations. Les gens perçoivent l’immigration au travers de leur réalité quotidienne. Des vérités présentées comme objectives se heurtent aux ressentis subjectifs. Il faut accepter que le ressenti personnel basé sur le « sens commun » est aussi une forme de vérité et faire le deuil de la simplicité, en voulant opposer réalité et intuition.

Il faut entrer dans un processus de déconstruction en présentant des parcours de vie qui vont à rebours de la représentation admise : la fermeture des frontières ne fait que rendre la migration plus difficile mais ne la réduit pas.

Il ne semble pas que l’opinion publique soit hostile aux migrations mais elle s’appuie sur des impressions intuitives de « bon sens » et soutient des politiques restrictives dont les intentions sont mortifères.

Il faut cesser de construire une identité en référence à la frontière mais à partir de ce que nous voulons être ensemble ; même si c’est difficile, il faut parvenir à construire une identité collective non à partir du passé mais à partir de ce que nous voulons faire ensemble. Cela revient à se demander non pas d’où nous venons collectivement mais où nous voulons aller ensemble et alors les étrangers ont toute leur place dans la collectivité nationale. Il faut souligner ce qui nous unit, alors qu’on a peut-être trop insisté sur la richesse de la diversité en omettant ce qui nous rassemble.


Questions / Réponses

Comment voyez-vous le rôle du chercheur dans le débat public ?

François Gemenne ne conçoit pas la recherche sans un engagement dans le débat public, le chercheur ne peut se contenter de publier dans des revues scientifiques en faisant abstraction de la réalité. Il conçoit ses travaux pour informer le débat public et faire que le débat s’appuie sur des faits empiriques non sur des considérations idéologiques.

Les décisions politiques qui devraient s’appuyer sur ce qui est juste en vue d’une meilleure vie sont motivées par la réaction attendue ou supposée de l’électorat. Les gouvernements sont tétanisés car ils craignent la manière dont l’extrême droite se saisirait de leurs décisions, c’est une forme de défaite.

Dans cette situation, le chercheur se doit d’être honnête mais pas neutre.

Que faire ensemble, au quotidien, pour briser le cercle vicieux de la peur ?

Il est vrai qu’une partie des gens ont peur. François Gemenne cite l’exemple en Belgique d’un propriétaire qui avait légué à la Croix-Rouge une ancienne maison de retraite pour y loger des réfugiés. Il a le souvenir d’une personne effrayée à l’idée d’en croiser un dans le parc de cette maison. Il lui avait été répondu, qu’ils échangeraient un bonjour en passant chacun leur chemin. Un an après, les craintes des habitants s’étaient dissipées. Il importe de davantage « visibiliser » les migrants, pas seulement ceux qui ont des qualités exceptionnelles, mais aussi ceux qui ressemblent à la moyenne des citoyens. Même s’ils sont souvent réticents, il faut les convaincre de prendre la parole dans le débat public.

Revenant sur l’évacuation violente de la place de la République le 23 novembre, s’il comprend la logique des ONG pour alerter les pouvoirs publics, François Gemenne remarque que cela a abouti à montrer des tentes, des ombres sans visage, sans existence réelle et ainsi 74 % des Français approuvent les démantèlements de camps. Une opération violente contre des gens qu’on ne voit pas, des gens dont on n’entend pas la voix a toutes chances d’être acceptée. Pouvoir entendre les témoignages des migrants à ce moment-là génère d’autres réactions. C’est pourquoi il faut multiplier les moments d’échange, mais François Gemenne n’a pas de pistes plus concrètes à proposer pour faire des choses ensemble.

Pourquoi crainte et sentiment de menace peuvent dominer face à une détresse extrême ?

François Gemenne reprend l’observation de Christina Alexopoulos de Girard, psychologue clinicienne, qui note un clivage en chacun de nous entre une empathie, une solidarité qui fait qu’on s’identifie à l’autre et un besoin de barrière entre soi et l’autre. Elle invite à une lutte à l’intérieur de soi pour faire le lien entre crainte et empathie.

François Gemenne insiste sur la prise en compte de l’inquiétude, la non-stigmatisation des personnes exprimant leur angoisse. Il ne faut pas dire aux gens qu’ils sont des monstres et sortir de la logique bien contre mal mais insister sur l’acceptation de la transformation structurelle de la société. Ce n’est pas de nous que dépendent les flux migratoires, à nous en revanche d’essayer d’organiser les choses au mieux.

Comment se préparer aux migrations climatiques ?

La première des choses est d’éviter d’en parler au futur en se disant que c’est une prochaine vague après la migration économique et celle des réfugiés, et qu’on s’y soustraira en diminuant nos émissions carbone. Le changement climatique est de facto la première cause de déplacement, soit en interne, soit vers les pays limitrophes. En 2019, on comptait 25 millions de personnes déplacées pour raisons climatiques. Ce n’est pas le futur, c’est la réalité présente ; les causes environnementales et politiques sont liées et vont s’influencer mutuellement.

Il semble que la justice administrative prend de plus en plus souvent des décisions ouvertement xénophobes là où des jugements humains seraient possibles. L’avez-vous constaté ?

Petit à petit, des digues sautent. Des décisions qui auraient semblé totalement inhumaines il y a encore quatre ou cinq ans passent désormais pour être normales. La norme d’inhumanité par rapport aux migrants a considérablement évolué.

Comment vos recherches sont-elles prises en compte par le personnel politique et les pouvoirs publics ?

Par une ignorance et un mépris qui forcent le respect ! Je travaille à la fois sur les questions climatiques et sur les migrations. Sur les premières, je suis écouté, je rencontre députés, ministres, membres de la Commission européenne. On accepte l’idée que les travaux de scientifiques puissent être pris en compte dans les décisions, comme c’est le cas pour les travaux du Giec par exemple. Sur les secondes, je n’ai jamais rencontré un seul ministre, ni un directeur d’agence de surveillance aux frontières, ni donné aucune conférence. Le poids des travaux scientifiques n’a aucune influence sur les décisions politiques. Le seul critère de décision est idéologique. On le voit avec la présence médiatique et l’audience accordée aux propos réactionnaires de Didier Leschi, directeur de l’OFII, dans son récent livre. Imagine-t-on considérer comme travail de chercheur un livre que le préfet Lallement écrirait sur les violences policières ! De même, la place donnée à Patrick Stefanini qui ose écrire « Immigration. Ces réalités qu’on nous cache ». Le discours sur les migrations est happé par ce haut fonctionnaire totalisant plus de quarante ans dans les cabinets ministériels, il utilise la réalité objective comme autojustification des manques des politiques qu’il a servies.

Faites-vous le même constat pour les autres pays européens ?

Pour la Belgique, le constat est identique. Tous les pays n’adoptent pas des politiques identiques,  même ceux qui prévoient des dispositifs plus humains le font pour des considérations idéologiques, non à partir des résultats de la recherche, mais certains décideurs ont plus de courage que d’autres. C’est mue par son sens de la justice que Angela Merkel a pu agir comme elle l’a fait en 2015.

Les politiques migratoires ont pour but d’empêcher les migrations. Quel cadre, quel horizon politique pourraient les organiser ? Est-ce que cela passe par la liberté de circulation et d’installation ?

Ce serait effectivement le moyen le plus pragmatique et le plus rationnel de répondre au défi des migrations contemporaines, mais ce serait rejeté sans être discuté. Il faut procéder par étape, en commençant par mettre un terme à la crise humanitaire, accueillir dignement et garantir des voies sûres d’accès au continent européen. Et répondre par une politique européenne, avec de réels mécanismes de solidarité.

Il y a de la peur chez les hommes politiques, c’est une vraie défaite de la démocratie. Beaucoup disent être à titre personnel favorables à l’ouverture des frontières, mais n’osent l’exprimer dans l’espace public. Ils se retiennent de mettre en avant ce qu’ils croient être juste par crainte des réactions de l’opinion publique et peur que cela mette en péril leur carrière politique…

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Bousculé dans ses activités habituelles par la pandémie, le Réseau Chrétien - Immigrés garde à coeur de maintenir un lien actif avec les personnes migrantes, aux côtés desquelles il est engagé, qui pâtissent très durement de la situation.
Dans cet esprit, le RCI met en oeuvre diverses formules permettant de poursuivre au mieux les actions menées, notamment par rapport à la permanence juridique, aux cours de français et aux Lundis "Grand Témoin" (les dîners du "goût de l'autre" se trouvent pour le moment suspendus - des modalités adaptées sont en cours d'élaboration).

Pour ce qui est de la permanence juridique, téléphoner au 01 42 45 65 07 le lundi matin ou le mardi après-midi pour prendre RV : l'accueil se fera alors au 25 rue Fessart, Paris 19e (M° Jourdain).

Pour ce qui est des cours de français, une relocalisation s'est mise en place dans l'ancienne Mairie du 1er arrondissement, transformée en "halte" humanitaire (sous l'égide de l'Armée du Salut), 2 rue Perrault, M° Louvre-Rivoli - ceci, compte tenu de la fermeture définitive de la Mairie du 4e, restructurée dans le cadre du regroupement des 4 premiers arrondissement de "Paris Centre". Les cours ont lieu en principe les mercredis, samedis et dimanche : à préciser... tél 06 81 33 06 99 - 06 70 03 81 56 - 07 82 37 86 18.