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L'immigration sous l'angle économique

Quant on aborde le sujet, deux remarques principales émergent : les immigrés sont un poids pour nos finances publique (1) ; ils prennent le travaildes natifs et accroissent la pression sur les salaires (2). Ces idées reposent sur une certaine vérité, mais elles ne résistent pas à l'analyse...

Une troisième remarque peut être retenue : la perception qu'a l'opinion publique de la présence des immigrés sur le marché du travail (3).

Avant d'examiner ces questions, Lionel Ragot insiste sur la terminologie employée dans tous les travaux d'économie avec une distinction entre natifs et immigrés, ce dernier terme ne correspondant pas à « étranger ». Est immigrée toute personne née à l'étranger et de nationalité étrangère à sa naissance, ce qui conduit à compter dans les immigrées les personnes devenues françaises par naturalisation. Ainsi, dans les chiffres de 2013 recensant 5,8 millions de travailleurs immigrés figuraient 2,3 millions de personnes de nationalité française. De plus, par essence, les travailleurs sans papiers ne peuvent être comptabilisés dans les études.

1. Poids des immigrés dans les finances publiques

Pour le mesurer, une approche comptable statique et une approche dynamique et intemporelle.

Dans la première, il s'agit d'évaluer la contribution nette de la population immigrée aux finances publiques, en recensant d'un côté sa contribution (cotisations, impôts, taxes…), de l'autre ce qu'elle en reçoit (prestations sociales, éducation, santé, sécurité, défense…). Ces données chiffrées sont fournies notamment par des enquêtes de l'Insee, comme celle sur le budget des familles. Il convient ensuite de les extraire par individu et d'obtenir un profil par âge de dépenses/recettes. On constate que, quel que soit l'âge, les contributions des immigrés sont un peu inférieures à celle des natifs, cela étant dû à un chômage plus important, et à des situations socioprofessionnelles différentes. De même la structure de la pyramide des âges des natifs est très différente de celle des immigrés, concentrée sur la tranche 22-60 ans. De ces éléments il ressort que le déficit budgétaire imputable aux immigrés est faible : entre la fin des années 1970 et le début des années 2000, il varie entre + 0,05 % et – 0,5 % du PIB, et correspond à peu près à ce qu'il est dans la plupart des pays développés. Une étude de Christian Dustmann et Tommaso Frattini (2014) a montré qu'entre 1995 et 2001 au Royaume-Uni les immigrés européens ont eu un impact positif sur les finances publiques.

Il faut noter par ailleurs qu'en cas de crise sur la marché du travail, les immigrés sont les premiers à en pâtir, ils en constituent la variable d'ajustement (cf. crise de 2008). Leur contribution se dégrade alors plus vite que celle des natifs.

Ce ne sont donc pas les immigrés qui créent le déficit budgétaire, de ce point de vue, ils ne sont ni un fardeau, ni une aubaine.

Par l'approche dynamique et intemporelle, on peut examiner si l'immigration pourrait être un moyen de résoudre les problèmes de financement du vieillissement de la population. L'Italie et de l'Allemagne, plus touchées que la France, y ont répondu en partie par le biais de régularisations importantes. De ce point de vue, Angela Merkel, en accueillant massivement des réfugiés syriens en 2015, était certes mue par des considérations morales et éthiques, mais elle avait aussi le soutien du patronat allemand en proie à un manque de main-d'œuvre. Si l'immigration peut contribuer à réduire le fardeau fiscal du vieillissement démographique à court terme, ce n'est pas la solution à long terme. Si l'on voulait enrayer le vieillissement de la population uniquement par l'immigration, il faudrait doubler la population immigrée tous les quarante ans !

2. Captation des emplois par les immigrés et conséquences sur les salaires

Si l'on compare le marché du travail à un gâteau à partager avec de nouveaux arrivants, un apparent « bon sens » considère que soit certains n'ont rien et doivent subir le chômage, soit les parts du gâteau sont plus petites pour tous, ce qui s'exprime par une pression à la baisse sur les salaires. On parle de « choc de l'offre » du fait de la présence d'immigrés. À ce sujet, Lionel Ragot précise que toute la littérature économique sur les migrations est fortement marquée par ses origines américaines, où dès les années 1920, la régulation des entrées se faisait en proportion des présents sur le sol américain (ex. X % d'Irlandais installés, X % d'immigrants irlandais acceptés). Ce principe a été abandonné sous Kennedy, à une époque où les États-Unis ont vu arriver des flux d'immigrés d'Asie et d'Amérique latine, moins qualifiés. Le marché américain, très flexible, se régule depuis par des ajustements de salaires à la baisse.

Ce « bon sens » est pris en défaut car le terme de travailleur recoupe des réalités très différentes, s'il y a substitution, elle s'opère plus entre anciens et nouveaux immigrés qu'entre natifs et immigrés.

En résumé, quel que soit le type d'approche économique choisi, on arrive à la conclusion du faible impact de l'immigration sur le marché du travail. Ceci est corroboré en examinant les expériences naturelles, c'est-à-dire en étudiant des cas d'afflux massifs sur un laps de temps limité. Lionel Ragot cite à ce propos les études consacrées à l'arrivée :

- des rapatriés d'Algérie (Jennifer Hunt, 1992) ;

- de plus de 125 000 Cubains à Miami dans les années 1980 (David Card, Prix Nobel 2021, 1990) ;

- de 610 000 Juifs d'URSS en Israël en 1990-1991 (Rachel Friedberg, 2001), soit 12 % de la population israélienne.

Pour ce faire, les chercheurs comparent la situation avec celle de marchés voisins et similaires n'ayant pas été concernés par une arrivée massive. Ils constatent dans tous les cas une augmentation du chômage à court terme, une situation sensiblement équivalente deux à trois ans après, et une absence de différence au bout de quatre à cinq ans.

3. Perception de l'opinion publique

On assiste depuis 2026-2017 à un retour des frontières (cf. Brexit, présidence de Trump), mais la montée des votes pour l'extrême droite peut-elle s'expliquer par les flux migratoires ? L'opinion publique est-elle plus sensible aux implications économiques ou culturelles de l'immigration ? Des enquêtes montrent que la majorité des personnes interrogées font état des préoccupations culturelles, et non des préoccupations économiques et fiscales relatives au marché du travail.