Réseau Chrétien - Immigrés

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Nous sommes encore terriblement saisis par le décès brutal de Céline cet été. Elle a rejoint l'autre monde le 19 août. Coeur ardent pour de multiples causes, en particulier celle des personnes sans-papiers. A l'origine du RCI il y a 20 ans, dynamique qu'elle a servie jusqu'au bout, elle est partie en paix, ayant intensément vécu. Nous sommes comme orphelins. Accrochons-nous plus que jamais à creuser son sillon, restant activement ancrés sur le terrain.
Un hommage vibrant à Céline lui a été rendu par le RCI le 18 novembre à la Mairie de Paris-Centre, en présence d'un grand nombre de personnes issues de tous horizons.


Nous ployons encore aujourd'hui sous une multitude de réactions très fortes.

A Céline Dumont

Céline, femme de frontière.
Tu venais de la Tunisie et de l’Italie.
Moi, d’un pays plus lointain.
Mais nous nous sommes retrouvées au cœur de cette expérience existentielle de la traversée des frontières.
Tu m’as révélé à quel point cette expérience de la frontière était constitutive de ce que nous sommes
et à quel point cette traversée était quotidienne, même si on ne bougeait pas.
Tu m’as aidée à traverser mes propres frontières et à rester toujours en voyage,
Car tu étais femme nomade, femme pèlerine, femme routarde.
Tu avais compris que la vie est avant tout chemin.
Et que si on s’installe, on meurt
Tu traversais les frontières avec chaque migrant que tu accueillais
tu faisais tienne son voyage, avec ses déchirements et ses illusions.
Et tu marchais avec chacun d’eux, tu les relevais quand ils tombaient, une et mille fois,
et tu célébrais chaque traversée réussie comme si c’était la tienne.
Tu as aussi traversé des frontières pour de vrai, notamment celle entre Paris et Bouaké,
pour rencontrer ta sœur de sang et tes sœurs de sens.
Tu avais cette capacité impressionnante de rentrer dans l’univers de chaque personne que tu rencontrais et de te mettre en marche avec elle.
Tu as ainsi traversé tellement de déserts et d’océans, tellement de plaines et de montagnes, tellement de barbelés et de murs : ceux de chaque personne que tu as accompagnée.
Tu accueillais les racines de chacun et tu leur donnais des ailes.
C’est ainsi que tu m’as accueillie et que nous nous sommes lancées dans la création du Réseau Chrétien - Immigrés
au sein duquel tu ne t’es jamais arrêtée d’accompagner le lancement de nouvelles aventures : la permanence juridique, les cours d’alpha, le Goût de l’Autre, les lundis du RCI… et tant d’autres.

Femme de frontière mais pas seulement de frontière géographique.
Tu m’as appris l’importance de l’aller-retour permanent entre la réflexion et l’action.
C’est ce qui a marqué l’identité du RCI.
Mais ce fut aussi un défi que nous avons partagé concernant notre travail universitaire. Et tu m’as appris à comprendre à quel point cette tension entre pensée et pratique est difficile à vivre et en même temps fondatrice.
Tu étais passionnée par les lettres, les paroles, les langues.
De même que tu étais révoltée par toute forme d’injustice humaine.
Tu étais profondément une femme d’action et une femme de réflexion.
Et j’ai appris avec toi à quel point, même si la société nos pousse à nous ranger dans une case ou dans l’autre, c’est la tension entre les deux qui permet d’exister.
Encore une fois, tu as été là aussi femme de frontière, capable de vivre cette double passion entre la parole et le vécu, entre la pensée et l’action, entre le récit et l’expérience.
Tu as navigué d’une rive à l’autre et c’est ainsi que l’urgence de l’action faisait vibrer ta pensée, et que la profondeur de ta pensée, donnait du recul à ta passion militante.
Cette traversée n’était jamais celle d’un fleuve tranquille, mais c’était l’aller – retour torrentiel entre pensée et action qui empêchait chacune de s’arrêter et qui a donné cette couleur si particulière à ton identité.

Et puis, il y a une autre frontière qui a été pour toi vitale.
Et qui nous a aussi rassemblées.
Celle entre la foi et la réalité.
Tu avais cette foi des profondeurs et des largeurs,
comme la foi d’Abraham ou de Moïse,
Capable au plein milieu du désert torride et mortifère
de continuer à croire àla terre promise où coule le lait et le miel.
Et tu m’as aussi appris à faire ce voyage permanent entre l’espérance qui nous tire vers le haut et la réalité qui nous tire parfois vers le très bas.
Cette foi fondatrice te permettait de voir que rien n’est jamais complétement perdu.
Et que c’est justement dans le dernier parmi les derniers qui se trouve le germe de la vie nouvelle.
Tu n’abandonnais jamais.
Tu résistais avec une force pharaonique.
Mais si la résistance parfois t’enflammait et tu sentais après que tes paroles avaient blessé.
Tu avais cette capacité incroyable de te remettre en question. Et de revenir humblement rencontrer celui qui aurait pu se sentir blessé par le feu de ta passion.

Oui, Céline, tu étais femme de frontière,
Et tu viens de traverser une dernière frontière,
Mais nous savons que même de l’autre côté de la rivière, tu seras toujours avec nous,
avec ta passion pour nous faire bouger,
avec ta douceur pour nous consoler
et avec ton élégance pour nous dire qu’il y a une beauté profonde qui nous dépasse et nous porte.

Merci Céline de nous avoir donné non seulement le goût de l’autre mais aussi et surtout, le goût de vivre.

Elena Lasida

 

 Chère Céline,

Aucun d'entre nous n'aurait pu imaginer en juin que tu nous aurais quittés si vite.

Je te connaissais depuis la fin des années 1990 à l'occasion de l'occupation des personnes sans- papiers à l'église Saint Bernard  de la Chapelle. Ce fut le début du Réseau Chrétien  - Immigrés qui nous a permis de réfléchir à toute la problématique de l’immigration. Notre groupe s'est par la suite un peu délité et  tu as trouvé cette idée de faire intervenir des intervenants extérieurs. Ensuite il y eu le groupe d’alphabétisation et la recherche de nouveaux locaux pour les cours et puis le “goût de l'autre” avec Nathalie.

En 2002 à la suite de  l’occupation de l'église Saint Bernard, le RCI a voulu s’ouvrir clairement aux migrants. Formés par la Cimade nous avons ouvert la permanence à la paroisse St Jean-Baptiste de Belleville rue Fessart, il y a presque 20 ans maintenant. Tu en a suivi des « sans papiers » donnant de ton temps pour monter les dossiers, les accompagner, faire des recours auprès du Tribunal Administratif.  Presque toujours arrivée la première le mardi pour les recevoir les sans-papiers et quelle que soit l’heure de fin nous nous retrouvions au café le “Barouf” où nous consolidions notre amitié avec ceux qui étaient venus nous rejoindre.

La Cimade  a envoyé à tous les bénévoles au moment de son décès ce texte qui la décrit si bien « Céline était une femme en colère, contre les politiques migratoires mais toujours dans un esprit de responsabilité, en colère contre elle-même, contre nous parfois, contre la Cimade souvent, et vis à vis des mêmes, capable d'un si grand amour, d'une si grande tendresse, d'une si grande loyauté. C'était CÉLINE ».

Malgré ces petites difficultés tu étais toujours là, toujours active, traçant ton chemin, et nous y entraînant. Ta présence a permis au groupe de s’élargir, de rajeunir, de mieux organiser la formation technique, les échanges sur nos pratiques et les discussions générales. Aujourd’hui ce groupe va s’efforcer de bien sûr decontinuer, mais tu nous manques déjà et tu nous manqueras. Nous aurions eu tant besoin de ta force de conviction.

Quand Olivier est arrivé à la permanence, tu ne l'as pas lâché pour qu’il réalise le documentaire sur notre permanence. Avec ta ténacité légendaire, tu as contribué à ce magnifique film qui a su immortaliser l'un de ces coups de gueule que l'on aimerait tant entendre encore.

Le départ de notre Céline va laisser un grand vide dans nos cœurs, dans ceux de tous ceux qu'elle accompagnait, dans cette permanence qui n'aura plus tout à fait la même âme ! 

Merci à toi Céline de  l'exemple que tu as été pour nous, pour celui que tu continueras d'être. Tu nous quittes aujourd'hui alors que l´on te croyait tous indestructible, cela est un choc immense, nous n´imaginions pas faire cette rentrée sans toi, nous n´imaginions pas ce combat sans toi. Chacun de nous te portera dans son coeur pour que ton esprit reste à jamais présent

Céline, tu avais une telle énergie, de si belles qualités humaines, un sens aigu de la justice, la vision optimiste d'une humanité fraternelle, un caractère entier et plein, tu cultivais le sens de l'hospitalité. Quel bonheur cela a été de te rencontrer, de te connaître, de te côtoyer, d'être ton amie/ami. Le don de la vie, comme tu disais tout récemment encore à l'une d'entre nous, oui, tu as su le porter haut et fort.
 

Je voudrais dire aussi que tu étais très fière de tes petits enfants, de leurs  résultats universitaires, tu en parlais souvent. Vous, ses enfants et ses petits enfants vous pouvez être fiers de votre maman et de votre grand-mère.

Avec tous ceux qui ont croisé ta route et qui t’ont appréciée, nous te disons Merci de tout ce que tu as fait avec nous 

Adieu Céline                          
                                                                                                                                                          Jean Guillaumel