Réseau Chrétien - Immigrés

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Accentué par la misère engendrée du fait de la pandémie et du reconfinement, par le terrible amalgame terrorisme - immigration, le repli général fait resurgir les frontières, sur le terrain comme dans les esprits.

Comment s'étonner que les migrants cherchent à fuir la guerre, la dictature, la faim, les pires drames, les bouleversements climatiques ? Ils meurent de faim et de soif, se noient par milliers, se heurtent à des barrières inhumaines. "Impossible de fermer la porte" (Mgr Aupetit).

On voudrait, dans le meilleur des cas, distinguer les "bons" migrants (les vrais réfugiés, une petite minorité juridiquement très circonscrite) des autres, une grosse majorité, qu'il faudrait absolument refouler. Vaine chimère. Position intenable au regard d'une réalité beaucoup plus nuancée, contraire à la dignité élémentaire de tout être humain.

La migration est liée entre autres à la situation désastreuse que connaissent le Moyen-Orient et l'Afrique subsaharienne. Elle se déroute vers la Grèce, l'Espagne, la France, la Grande-Bretagne, voire la Lybie (!) Les flux migratoires dépendent bien plus de circonstances extérieures que de l'empilement des lois... Nos pays riches se rétractent cruellement devant cette situation, au lieu de s'orienter vers une forte logique d'entraide.

Un million et demi de migrants sont arrivés en Europe en 2015. L'Allemagne en a reçu 1 100 000. Aujourd'hui les 27, et même la France, passent à côté de l'Histoire, allant pour certains jusquà dire non à l'immigration -en particulier les pays de l'Est- ou cherchant à se défausser avec l'établissement de centres de "tri" fermés aux portes de l'Europe, notamment dans les îles grecques le long de la côte turque (effroyable camp de Moria ravagé par un incendie). Quid du socle des valeurs fondatrices de l'Union Européenne ? Quelque 50 000 disparus en Méditerranée depuis les années 2000 : crime contre l'humanité...

En contepoint, les chiffres officiels de l'immigration dans l'hexagone -quoiqu'un peu variables selon les différentes sources- indiquent un phénomène qui reste bien modeste, même s'il est en légère hausse depuis quelques années : 6% d’étrangers non communautaires ; en 2019, d'après le ministère de l'Intérieur, 276 000 admissions au séjour (dont 91 000 étudiants, 89 000 pour raisons familiales, 39 000 au titre du travail, 37 000 à titre humanitaire -essentiellement réfugiés statutaires-, divers 20 000) - avec un solde migratoire, c’est-à-dire la différence entre les entrées et les sorties du territoire, qu'on peut évaluer au maximum à 200 000 personnes.

Les migrations demeurent un domaine où les gouvernements, tétanisés par l’idée d’apparaître laxistes face à une opinion minée par le populisme et la peur, font l’inverse de ce que prônent les organisations internationales, les économistes, les associations, les Eglises, voire diverses instances, municipalités, autorités... Sans parler de la situation désastreuse des migrants à la rue, des Mineurs Non Accompagnés, des Roms, etc.

Quelle société voulons-nous ?

N'y a-t-il pas de la place pour tous quand on partage ?

Comme dit le Pape : "Ouvrez les portes du cœur ; le moment est venu d’abandonner l’idée d’une Europe effrayée et repliée sur elle-même" ; ou encore : "Le péché, c'est de renoncer à la rencontre avec l'autre ; en prenant soin des plus vulnérables, nous grandissons tous ; les migrants nous aident à lire les signes du temps". L’épiscopat relaie les déclarations de François : "Que chaque communauté accueille une famille". Il s’agit d’un choix de société. Revisitons de fond en comble nos orientations et comportements.

Il n'est pas étonnnant que la récente encyclique de François "Tous frères" pointe le caractère absolu de cette approche.

On touche ici au vivre ensemble, à la fraternité, c’est-à-dire au coeur même des valeurs humaines et de la citoyenneté. L’Europe, dans son ensemble, solidairement, doit s’accepter positivement comme terre d’accueil, au lieu de contrer radicalement le mouvement ou de vouloir le faire cadrer au mieux avec une ouverture très sélective (distinction spécieuse entre les différentes catégories de migrants, renvoi des "dublinés" dans le 1er pays où ils ont laissé leurs empreintes).

Le projet européen de Pacte sur la migration et l'asile (sept 2020) s'inscrit malheureusement toujours dans une logique répressive, avec des contrôles renforcés aux frontières, des renvois rapides, l'absence de quotas d'accueil et un simple mécanisme (ténu) de solidarité financière pour les pays refusant -de façon choquante- toute immigration, Hongrie, Pologne...

Sans gommer de réelles difficultés, de fortes souffrances, des craintes, des précautions à prendre en compte, des rééquilibrages ou régulations nécessaires, réaffirmons que le métissage est inéluctable et fécond ; l'immigration, source de richesse ; la diversité, une chance, qui laisse place à la reconnaissance de l’identité de chacun.

Nous appelons au partage, à la rencontre, au respect des libertés publiques et des droits humains, à un droit universel à la mobilité, à la vie.

Tous amenés à agir !

Le Réseau Chrétien - Immigrés est déterminé, aux côtés des grands mouvements qui oeuvrent en ce sens, à continuer d'apporter sa contribution à une action générale d'accueil et de soutien des migrants en grande précarité.