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La Croix Editorial (24 septembre 2020)

Un pacte sans vision

Le nouveau Pacte immigration proposé par la Commission européenne souffre d’un grand défaut : il n’est pas visionnaire. Sur ce sujet complexe, instrumentalisé par les populistes et qui divise profondément les États membres, l’approche se veut réaliste – c’est une bonne chose – mais elle est aussi réductrice.

Le premier objectif est un contrôle renforcé des migrants aux frontières extérieures et une sélection accélérée en vue d’un renvoi rapide de ceux qui ne pourraient pas prétendre au statut de demandeur d’asile.

Le deuxième est interne à l’Union européenne : le texte vise à créer une forme ténue de solidarité politique et financière entre les États européens riverains de la Méditerranée, en première ligne pour l’accueil des migrants, et ceux d’Europe centrale qui refusent de façon choquante l’accueil de réfugiés venant d’Afrique et du Moyen-Orient.

Un troisième volet esquisse une stratégie envers les pays tiers pour créer des canaux légaux de circulation et favoriser la formation de jeunes talents. L’ensemble est cohérent mais minimaliste. La protection du droit d’asile et le droit des individus à la migration sont certes réaffirmés, mais il manque à ce pacte un horizon qui donne la mesure de la circulation des personnes dans les prochaines décennies et qui confère de l’ambition aux politiques choisies. La différence est flagrante avec la stratégie sur le climat. Dans ce domaine, l’Europe se pose avec audace en leader mondial de la transformation écologique. Mais sur l’enjeu profondément humain de l’accueil des migrants dans la durée, elle s’en tient à une approche court-termiste. Les opinions, dès lors, ne sont pas préparées aux changements qui s’annoncent. Et l’Europe se condamne à subir.

                                                                                                                        Jean-Christophe Ploquin